Apr 12, 2012

L'épidurale, c'est pas banal!

L'épidurale, aussi connue sous le nom de péridurale est une anesthésie loco-régionale réalisée dans le bas du dos. Un produit anesthésiant, souvent mélangé à un dérivé de la morphine pénètre alors la membrane entourant la moelle épinière (espace péridural) et gèle, ou insensibilise les fibres nerveuses. Une fois le produit injecté, le bas du corps ne perçoit plus la douleur. Cette intervention est maintenant chose commune dans les salles de naissance du monde occidental. Mais à quel prix? Cette intervention n'est pas sans risque, contrairement à ce que pourraient dire certains professionnels de la santé. Réflexion sur une intervention trop banalisée.


Processus d'installation d'une épidurale

Note: Dans certains cas rares, l'épidurale est pratiquée pour des raisons médicales, que ce soit à cause de l'état de santé de la mère ou à cause de complications, ou à cause. Dans d'autres cas, une péridurale peut être nécessaire si la femme est en situation de grand stress ou si elle vit un accouchement exceptionnellement souffrant et que les alternatives n'arrivent pas à la calmer. Ce texte concerne les épidurales dites ''de confort', ou ''de routine'', qui sont réclamées par les mères ou fortement suggérées par l'équipe médicale et qui auraient pu être évitées.

En premier lieu, je ne peux pas parler de péridurale sans parler de douleur. Cette douleur de l'accouchement dont on parle avec terreur dans les médias. Il faut savoir que la douleur fait partie intégrante du processus physiologique de l'accouchement.  Celle-ci contribue, entre autres, à la sécrétion d'endorphines, hormones analgésiques qui ont un effet semblable à la morphine, mais qui sont sécrétées par le corps de la mère. En plus d'aider celle-ci à relaxer et à passer au travers du travail, les endorphines favorisent la maturation pulmonaire du foetus, aident à préparer la lactation et sont importantes pour la mise en place de l'attachement mère-enfant.
 Il y a tant à dire sur la douleur, je n'aurai plus de place pour revenir à mon sujet initial. je vous invite donc à aller lire le travail de Aurélie qui en parle un peu, et à lire l'article de Isabelle Brabant intitulé «Ne touchez pas à ma douleur» (Le lien vous emmène à la revue dans lequel l'article a été publié. L'article lui-même est à la page 9).

Même si la douleur est nécessaire au processus, ça ne veut pas dire qu'il faut rester couchée sur le dos et ne rien faire pour aider à ce que ça passe mieux. Premièrement, on peut s'y préparer pendant la grossesse de toutes sortes de façons variées, allant de la méditation au chant prénatal, en passant pas l'acupuncture. Le jour de l'accouchement, il y a plusieurs moyens beaucoup moins radicaux que l'épidurale pour aider au soulagement. Voici quelques exemples: Présence d'une accompagnante, marcher, bouger, massages, étirements, suspensions, utilisation du ballon, aller dans le bain, relaxation, etc.

Revenons maintenant à mon sujet initial. De nos jours, on (du moins beaucoup de gens) parle de la péridurale comme d'un remède-miracle qui permet d'avoir l'accouchement parfait et d'éviter de souffrir, mais ce n'est pas nécessairement la réalité.

Premièrement, il y a des risques médicaux. Pour la mère, il y a des risques liés à la toxicité du produit anesthésiant et des risques d'effets secondaires comme des nausées, vomissements, démangeaisons, rétention d'urine. Dans des cas plus graves on peut avoir des problèmes d'hypotention artérielle ayant des effets sur le coeur du bébé, et même des troubles de conscience allant jusqu'au coma, convulsions, arrêts cardiaques et circulatoires. Ces derniers sont des cas très rares certes, mais le risque est tout de même là. Il y a aussi des risques plus techniques, liés à l'insertion trop profonde de l'aiguille (1 à 2% des cas) dans la moelle épinière, qui peut causer des problèmes variés du système nerveux. Dans 5% des cas, des complications comme des fièvres et des hausses de la température maternelle sont observées. Ces hausses de températures sont dangereuses surtout pour le foetus, car une température élevée le rend plus à risque de développer une infection néonatale ou de causer des effets secondaires sur son système nerveux. Les risques d'hémorragie post-partum sont aussi plus élevés.

Pour ce qui est du foetus, il faut savoir que tout produit injecté dans le système circulatoire de la mère est susceptible de passer la barrière placentaire. Le placenta sait choisir ce qui est bon ou mauvais pour le bébé lorsqu'il s'agit d'hormones et de composés naturels comme des vitamines ou de l'oxygène, mais ne sait pas reconnaître les produits étrangers. Les substances injectées peuvent alors se retrouver en quantité non-négligeable dans le système du foetus et peuvent entraîner, entre autres, des modifications du rythme cardiaque et des problèmes respiratoires à la naissance.


Ces risques ne sont qu'un résumé rapide et condensé des risques médicaux de l'épidurale. Pour plus d'informations, je vous invite à aller lire l'étude suivante: Péridurale: choisir en connaissance de cause. Les pages 9 à 15 expliquent en détail les risques pour la santé de la mère et du bébé, ainsi que les risques de complications liés à la mère et au bébé. Ce texte-ci n'a pas pour but de détailler les risques médicaux de la péridurale. Ce qui m'intéresse, c'est surtout tout ce qui touche au système hormonal, au déroulement de l'accouchement,  au lien mère-enfant, à l'état général du bébé à la naissance, des effets sur l'allaitement, etc. 

Le fait d'avoir une épidurale dérègle aussi tout le système hormonal de l'accouchement. Lors d'un accouchement naturel, une femme sécrète de l'ocytocine, hormone qui lui permet d'avoir des contractions, qui sert d'antidouleur au bébé, et qui lui permet de tomber en amour avec lui dès qu'elle le voit pour la première fois. Il y a aussi les endorphines qui aident à supporter la douleur. Lorsqu'une épidurale est administrée, il y a très souvent injection de pitocin, ou d'ocytocine synthétique, et les hormones naturelles cesseront d'êtres sécrétées. Les contractions à l'ocytocine artificielle sont beaucoup plus fortes et violentes que les naturelles. De plus, la fonction d'antidouleur pour le bébé n'est pas remplie avec le produit artificiel. Donc, lorsqu'il y a épidurale et pitocin, la mère ne sent pas ses contractions, mais le bébé, lui les sent toutes, aussi violentes soient-elles, et ne reçoit pas l'antidouleur naturel qui lui aurait été destiné, et à la place reçoit un cocktail de produits morphiniques et de composés chimiques.

De plus, la croyance que l'épidurale accélère le travail et facilite la sortie du bébé n'est vraie que pour des cas particuliers. Certaines femmes très stressées ont vu leur accouchement facilité par l'épidurale, car toute leur résistance et leurs tensions n'étant plus là, elles ont été capables de laisser leur col s'ouvrir. En général, l'épidurale risque de ralentir le travail considérablement. C'est la raison pourquoi on ne peut jamais la recevoir lorsque le col de l'utérus est à moins de 4 cm, elle peut carrément faire cesser le travail. C'est aussi pourquoi l'épidurale est presque toujours accompagnée de pitocin, pour faire continuer les contractions. Ensuite, dans les cas ou c'est une épidurale classique (il en existe des mobiles qui permettent de marcher et où la femme a un peu plus de sensations), la parturiente doit rester collée au lit, couchée sur le dos et ne peut pas vraiment bouger pour aider le bébé à descendre, tout le bas de son corps étant gelé et insensibilisé, paralysé. Certaines femmes arrivent tout de même à se mobiliser un peu dans leur lit avec de l'aide, mais cela dépend de l'équipe et des gens qui s'occupent d'elle.

Puis, il y a la poussée. Lors d'un accouchement naturel où on laisse les choses suivre leurs cours, il y a ce qu'on appelle la poussée physiologique qui vient. La mère sent alors des contractions différentes qui ont pour but d'éjecter le bébé de façon efficace, et elle même ressent le besoin de pousser. Lorsque la mère est sous épidurale, elle doit se faire dire par le personnel médical quand il est temps de pousser, et ses poussées ne sont pas naturelles et beaucoup moins efficaces. Elle doit alors pousser plus fort (et souvent plus longtemps) et se faire guider, car elle ne sent rien, ou a des sensations mais ne sait pas trop de quoi il s'agit. Souvent, une délivrance assistée de forceps ou de la ventouse devient nécessaire parce que les poussées ne sont pas assez efficaces.

Ensuite, il y a l'arrivée du bébé. Une fois qu'il est né, ce n'est pas nécessairement la fin. Le fait d'avoir reçu tout ce cocktail de produit chimiques tout au long du travail peut avoir des impacts sur l'état du bébé lorsqu'il naît. Il peut être amorphe, endormi, somnolent. Cet état de somnolence peut entraver les premiers contacts avec la mère, et peut aussi poser des problèmes par rapport à l'allaitement. Certains bébés n'arrivent même pas à prendre le sein et à téter correctement. De plus, lorsqu'un accouchement se déroule naturellement, la femme  aura un pic d'ocytocine au moment de la naissance de son bébé, qui contribue grandement au tissage du lien mère-enfant. Ce moment si important se produit beaucoup moins bien si la femme s'est vue administrer plein d'hormones de synthèses tout au long de son accouchement.

Il y a tant à dire sur les effets et les risques de l'épidurale. Je suis aussi très consciente qu'il y a des accouchements où la vie du bébé ou de la mère est en danger, et que pour des raisons médicales, une épidurale ou bien des médicaments divers doivent être administrés. Mon point ici est de sensibiliser aux effets possibles et non-négligeables de cette intervention trop prise à la légère. Il y a tant d'accouchements qui auraient pu se passer très bien de façon naturelle, mais à cause de l'épidurale sont devenus une cascade d'interventions pour finir en épisiotomies, forceps, ou même en césariennes.

Je ne veux pas juger les femmes qui ont fait ce choix, ou qui y pensent. Mon texte n'est pas non plus un manifeste anti-épidurale: je tiens simplement à démystifier cette pratique... Informer, sensibiliser, pour que les femmes qui décident tout de même d'opter pour l'épidurale en fin de compte, le fassent en connaissance de cause et non dans l'ignorance.

Recommandations de l'OMS pour les soins liés un accouchement normal (en anglais) les pages 15 et 16 concernent l'épidurale.

Voici un texte en anglais tiré de la revue Midwifery Today sur l'épidurale. C'est très anti-épidurale, mais les statistiques et les arguments sont bien étoffés. Je vous préviens par contre que c'est assez moralisateur comme article: http://www.midwiferytoday.com/articles/epiduraltrip.asp

À la prochaine!

P.S. Merci à Isabelle Challut pour ses conseils!

Les photos viennenet de Google

2 comments:

  1. J'aurais aimé savoir tout ça.Pour la naissance de mon fils le travail a bloquer et son coeur sautait un battement.J'ai accepter l'épidurale car on m'a dit que le travail débloquerait et le côté soulagement de la douleur ne m'intéressait pas.Quelle erreur.Plus jamais je ne ferai ça.Le coeur de mon fils c'est mis à chuter et ça finit en césarienne.À aucun moment on ne m'a parler de risques ou possibilités que ça empire.Je ferai lire ce texte à mon conjoint car pour notre prochain enfant je ne veux pas de césarienne et surtout pas d'épidurale.

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  2. Wow tout une expérience d'accouchement pour toi!! Ont-ils essayé de te faire changer de position? ça aurait pu aider, c'est un bon truc à savoir si jamais ça arrive au prochain. C'est tellement dommage qu'ils ne parlent pas des risques au moment d'administrer l'épidurale, ou même de la proposer. Tellement de femmes ont vécu la même situation que toi... Contente que mon texte t'aie plu et renseignée, c'est ça le but!! Si jamais tu as des questions n'hésite pas à m'écrire!!

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