Le délai d'expulsion du placenta et le risque d'hémorragie associé

Un point que j'avais oublié dans ma recherche sur le placenta, mais qui n'est pas moins important et d'actualité est le délai normal entre la naissance du bébé et la délivrance du placenta et les risque d'hémorragie par rapport au délai d'expulsion. Une lectrice m'a posé la question récemment et je compte bien bonifier ma  recherche d'un petit chapitre. J'en profite donc pour faire un petit billet à ce sujet.

Bien que la majorité des femmes vont expulser leur placenta en moins de trente minutes, un délai plus long n'est pas nécessairement aussi dangereux qu'on le croit. Pourtant, en milieu hospitalier, si un placenta met plus de trente minutes à sortir, ça ne sera pas très long avant que le personnel médical sorte le pitocin et commence à penser à la révision utérine et à l'extraction manuelle du placenta. Dans son livre intitulé Spiritual Midwifery, la sage-femme Ina May Gaskin parle d'un délai d'une heure avant de commencer à se poser des questions. Elle insiste aussi sur le respect du processus physiologique normal, et qu'il ne faut pas presser les choses si tout semble aller bien. J'ai même déjà entendu le récit d'accouchement d'une femme qui a gardé son placenta pendant 15 heures sans complications. C'est vraiment très difficile d'évaluer les risques d'hémorrhagie dues au placenta, parce que les manipulations des intervenants et le fait d'essayer de presser ou de forcer le processus sont souvent la cause de ces hémorragies.


Les deux méchanismes naturels du décollement et de l'expulsion du placenta.


Une autre chose qui est importante,  c'est de s'assurer que le cordon ait bien fini de pulser avant de le couper, et/ou avant de commmencer à penser au placenta. Si le cordon a cessé de pulser, le placenta s'est vidé de son sang et il y a donc moins de risques de saignements. Le fait que le placenta soit vidé donne aussi un signal aux capillaires qui font le lien entre la circulation maternelle et la circulation placentaire de se fermer, ce qui peut éviter les hémorragies.

De plus, il y a plusieures façon d'encourager la sortie du placenta si celui-ci ne sort pas assez rapidement avant d'aller le chercher manuellement, cette manoeuvre étant vraiment le dernier recours (c'est très, très douloureux, et souvent déclenche une hémorragie si c'est fait trop tôt). Déjà, lorsque le premier contact entre la mère et l'enfant n'est pas dérangé, la mère va sécréter une très forte dose d'ocytocine, qui est généralement suffisant pour générer des contractions qui feront sortir le placenta. Ensuite, le peau-à-peau, en plus de ses nombreux avantages, fait encore sécréter de l'ocytocine à la mère et aide à l'expulsion du placenta. De plus, faire grimper le bébé jusqu'au sein ou doucement masser l'utérus aide aussi au décollement en douceur du placenta, et le fait d'allaiter stimule les seins, et fait encore sécréter plus d'ocytocine. Si le temps passe, que ces trois choses ont été faites et que le placenta ne sort toujours pas, on peut faire bouger la femme un peu, lui demander de s'accroupir et de pousser doucement. Peut-être que le placenta est descendu mais qu'il est seulement resté coincé à la hauteur du vagin. S'il n'y a toujours pas de placenta, il est possible d'injecter du pitocin, ou syntocinon, sorte d'ocytocine artificielle qui causera des contractions. Il ne faut surtout pas essayer de tirer sur le cordon, car celui-ci pourrait se rompre et les conséquences peuvent être graves.

Il faut aussi se rappeler que la délivrance du placenta n'est pas une suite de la naissance, mais elle en fait partie. Les hormones responsables de la sortie du placenta sont les mêmes que pour la sortie du bébé. Il serait donc idéal et bénéfique de continuer à respecter les besoins de la femme qui accouche et un environnement calme et aimant pour aider la femme à terminer son accouchement en beauté et en douceur, et non dans le stress de faire sortir son placenta le plus vite possible. De plus,  le respect de ce calme et de cet environnement aimant est aussi sans aucun doute très bénéfique aux premiers moments entre la mère et son bébé.

L'extraction manuelle du placenta et la révision utérine sont vraiment considérés comme du dernier recours.  Cette manoeuvre est non seulement extrêmement douloureuse et désagréable, mais elle risque de déclencher une hémorragie. Cette manoeuvre ne devrait être faite que si 1- Toutes les autres façons d'encourager la sortie du placenta ont échoué 2- Plusieures heures se sont écoulées, il y a des signes que quelque chose ne va pas comme ça devrait et la mère commence à s'inquiéter et à ne pas se sentir à l'aise.
 Je crois en l'instinct maternel et en l'intuition féminine. Si la mère sent que ça va bien, il n'y a aucune raison de presser les choses. Si elle commence à se poser des questions et à s'inquiéter, c'est qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche.

Extraction manuelle du placenta


Dans le cas d'un bébé lotus, je ne crois pas que ça change quelque chose par rapport à la révision utérine que le bébé soit attaché au placenta ou non, tant que le cordon ait cessé de pulser.

Une autre raison qui peut causer la rétention du placenta serait une malformation de ce dernier. Dans le cas échéant, il faut faire preuve d'une extrême délicatesse, car c'est ceux là qui sont les plus dangereux.

Je crois sincèrement que beaucoup d'hémorragies post-partum auraient pu être évitées par moins de manipulations médicales. Les inductions et les trop grandes administrations de médicaments durant l'accouchement peuvent aussi causer une rétention du placenta et augmenter le risque d'hémorragies post-partum.

Dans le cas de saigments le fait de manger un petit bout de placenta cru (généralement un bout de cotyledon), enrobé de miel (pour le goût) fait cesser les saignements de façon immédiate et contracte l'utérus. Un petit truc un peu bizarre mais qui peut s'avérer bien pratique!

Finalement, pour terminer, je vous laisse sur ces quelques chiffres qui expriment bien l'importance de respecter le processus naturel de la délivrance du placenta. Dans le contexte hospitalier, environ neuf à dix pourcent des femmes saignent abondemment après la naissance de leur bébé ou l'expulsion du placenta. Dans le centre de sages-femmes de Ina May Gaskin, aux États-Unis, le pourcentage d'hémorrhagies post-partum est de moins de deux pourcent.

Cela dit, je tiens toujours à préciser que je ne suis pas sage-femme ni médecin. Les informations dans cet articles ont été recueillis et assemblées à partir de livres et articles écrits par des experts (voir références). Il y a une grande variété de scénarios, qui peuvent se produire, et qui nécessitent des actions rapides, afin d'éviter le pire.

À la prochaine!

Quelques références intéressantes:

Ina May's Guide to Childbirth, Ina May Gaskin
Spiritual Midwifery, Ina May Gaskin
Placenta, the Forgotten Chakra, Robin Lim
http://www.homebirth.org.uk/thirdstage.htm
http://www.uvp5.univ-paris5.fr/campus-gyneco-obst/cycle3/mto/poly/19000fra.asp
http://www.bellybelly.com.au/birth/natural-approach-to-labour
http://www-ulpmed.u-strasbg.fr/medecine/cours_en_ligne/e_cours/obstetrique/hemorragie_delivrance.pdf
http://www.babycentre.co.uk/pregnancy/labourandbirth/labour/managedthirdstageexpert/

Comments

  1. j'ai accouché prématurément à cause dune pré eclampsie . ma fille est allé directement en neonatalogie . mon placenta ne venais pas, la gynécologue à fait une extraction manuelle de ce dernier au bout de seulement 25min . des douleurs atroces et un souvenir horrible après que ma fille me soit enlevé.
    qu'aurais elle pu faire pour m éviter cela?

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    1. Bonjour, je suis vraiment désolée d'apprendre votre expérience. Ça a dû etre très dur pour votre fille aussi. Je ne connais pas tous les facteurs de risque de la prééclampsie, peut-être qu'il y avait une raison de presser les choses comme ça. Comme je ne suis pas médecin ou sage-femme moi-même, je leur donne toujours le bénéfice du doute, surtout lorsque je ne sais pas tous les détails. Si il n'y avais pas de presse plus que la normale, c'est sur que d'essayer de changer de position, de faire pousser la maman, de stimuler les seins, et l'injection d'ocytocine c'est des trucs à essayer. Je sais que les sages-femmes injectent parfois aussi une subtance dans le cordon (je ne me souviens plus laquelle) pour faire décoller le placenta (après avoir séparé le bébé, evidemment). Je suis vraiment désolée que c'est ce que vous avez dû vivre, c'est important de prendre le temps de faire la paix avec votre expérience. Écrivez dans un journal, ou assistez à une tente rouge pour partager votre expérience, et parlez à votre fille pour guérir ça avec elle. Merci de votre visite et bon courage!

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  2. Bonjour,
    Je viens de vivre mon premier accouchement par voie basse et je peux confirmer que ce que vous dites à propos du placenta est parfaitement exact. Dans mon cas, l'obstétricien a tiré manuellement sur le placenta à peine 5 minutes parès l'expulsion du bébé, or cela était bcp trop tôt et résultat j'ai eu très mal (malgré la péridurale) et le placenta a eu beaucoup de mal à se décrocher.
    Je regrette vraiment cette précipitation, car cela a gâché tout le plaisir que je pouvait ressentir d'avoir mon bébé
    posé sur ma poitrine ! On est peut-être en mars 2017, mais il reste encore beaucoup de progrès à faire dans les structures hospitalières : à commencer par laisser du temps et faire un peu plus confiance aux femmes dans leur capacité d'accoucher !

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    1. Merci pour votre commentaire! ouf en effet c'est assez brutal! N'hésitez pas à trouver une personne ressource avec qui en parler, ou un cercle de femmes pour vous aider à ''processeur'' votre accouchement et faire la paix avec la violence que vous avez vécue, pour ne pas en garder un traumatisme. Bonne continuation!

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