Sep 19, 2012

Débat: Le toucher vaginal, est-ce vraiment nécessaire?

Bonjour! Mon texte d'aujourd'hui est parti d'une question que je me pose une depuis un moment, et je voulais mettre le tout au clair. Il s'agit de la pratique de faire des examens vaginaux aux femmes à terme et pendant leur accouchement. En premier lieu, je tiens à re-mentionner que je ne suis pas une professionnelle de la santé, mais mes propos sont toujours recherchés et je me sert de livres et de sources fiables pour étoffer mes propos (comme pour tous mes billets d'ailleurs, voir la liste de sources à la fin du texte).

Donc, je me demandais si cette pratique est vraiment nécessaire. À la base, je prône beaucoup le non-interventionnisme pur, mais il y a des raisons médicales pour cette ''intervention''. Je vais donc tenter de peser le pour et le contre de cette action qui, à mon goût, est sur-utilisée, mais qui, d'un autre côté, peut prévenir des complications. 


Commençons par le commencement. Qu'est-ce que le toucher vaginal? C'est l'action d'insérer les doigts dans le vagin pour voir l'état du col, sa maturation, et sa dilatation. Il est aussi possible, de connaître l'orientation du bébé et de savoir s'il est fixé ou non ainsi que plusieurs autres données. L'article suivant intitulé  
Le toucher vaginal, explique bien en quoi cela consiste.


Dilatation du col

Arguments pour: 

-Le premier argument en faveur des examens vaginaux qui me vient en tête, serait par rapport au risque de procidence de cordon. Cette complication rare et grave est en fait la descente du cordon avant la tête du bébé et peut survenir lors de la rupture des membranes si le bébé n'est pas déjà fixé (souvent lorsqu'il s'agit d'une rupture artificielle des membranes). Ceci rend l'accouchement très risqué et mets la vie du bébé en danger. Donc, si le bébé n'est pas fixé et qu'il y a une rupture des membranes, il y a un risque de procidence du cordon et donc un toucher vaginal peut s'avérer nécessaire.


Examen vaginal avec procidence de cordon. 

-Ensuite, lorsqu'une femme se présente pour une induction, un toucher vaginal permet de déterminer quelle méthode de déclenchement utiliser, car elles peuvent varier en fonction de la maturité et de la dilatation du col.

-Puis, dans le cas de jumeaux, le toucher vaginal permet de vérifier, après la sortie du premier bébé, le positionnement du deuxième, ou plutôt la partie du corps qui se présente en premier. 


-Si une femme veut absolument une
péridurale, un toucher vaginal permet de savoir si elle est assez dilatée pour la recevoir, car si elle est administrée trop tôt, il y a un trop grand risque que ça fasse arrêter ou ralentir considérablement le travail.

-Il peut arriver qu'une femme ait envie de pousser, et que son col ne soit pas encore complètement dilaté. Ceci peut poser problème, car pousser sur un col pas assez dilaté peut causer de l'oedème et d'autres complications. Un petit examen rapide au moment ou une femme exprime le besoin de pousser peut donc s'avérer nécessaire. 

Arguments contre:

-La raison principale pour laquelle les examens vaginaux sont utilisés, c'est pour déterminer la progression du travail, savoir où en est rendue la dilatation du col et la descente du bébé, et ainsi tenter de prédire dans combien de temps l'enfant naîtra. Pourtant, il n'y a aucun moyen de prédire précisément combien de temps un bébé peut prendre à sortir. Une femme peut avoir le col complètement fermé et pas de contractions un matin, et avoir son bébé dans ses bras le soir même, alors qu'une autre peut se promener pendant trois semaines avec un col ouvert à 3cm. Une autre femme peut avoir un travail qui avance rapidement, puis prendre quatre heures pour avancer d'un centimètre, alors qu'une autre peut être à deux centimètres et avoir son petit vingt minutes plus tard. Je ne vois pas pourquoi on s'acharne encore avec ça, c'est impossible de savoir avec certitude combien de temps ça va prendre.


-Ça peut être très décourageant,  vers la fin de la grossesse, soit de savoir qu'il n'y a rien qui se passe, ou de savoir qu'on est un peu dilatée et d'attendre impatiemment un bébé qui pourra finalement mettre un autre trois semaines à naître.


- Ce n'est pas agréable, voire même très douloureux dans certains cas. Certaines femmes ont le col très sensible et le simple fait d'aller mettre des doigts là peut être très douloureux et pénible pour elles. De plus, certaines peuvent trouver ça humiliant comme examen. 


- Cette intervention, bien que très simple, n'est pas sans risque. Le fait d'insérer des doigts, même gantés à plusieurs reprises dans l'orifice vaginal augmente le risque d'infections pour la mère, et, si les membranes ont rompu, pour le bébé.


- Il y a aussi un risque de rupture accidentelle des membranes. Une fois les membranes rompues, on augmente le risque d'infections et il y a un risque de procidence du cordon si le bébé n'est pas fixé. En  même temps ça augmente l'intensité de la douleur des contractions pour la mère.


- C'est très dérangeant. On ne cesse de prôner l'importance de respecter la bulle et l'intimité d'une femme qui accouche. Eh bien quoi de mieux pour y arriver que de venir mettre des doigts dans son vagin? Ce genre de dérangement peut ralentir, voir même arrêter le travail.


 Une amie doula a fait une réflexion intéressante par rapport au concept des touchés vaginaux de routine et à cette bulle d'intimité , alors je vous la partage, ça mets bien les choses en perspective : «Imaginez que vous êtes en train de faire l'amour, ça va bien, c'est intime et agréable. Soudain, une infirmière arrive, demande à votre conjoint de se retirer, puis mesure son pénis pour être sûre que tout est correct et que les choses progressent bien. Comment vous sentiriez-vous? Seriez-vous capables de retrouver votre intimité et de vous y remettre avec autant de passion qu'avant, ou est-ce que ça couperait complètement la libido?»


- Il y a aussi, évidemment, le risque de découragement. On ne sait jamais comment prédire ce qui peut arriver, mais d'annoncer à une future mère en travail actif qu'elle en est au même stade depuis quatre heures peut être vraiment décourageant. C'est la meilleure façon pour l'emmener à avoir recours à des moyens de soulagement de la douleur. Des scénarios du genre: «une femme est à 6 cm depuis 4 heures, vient de l'apprendre, s'imagine qu'elle en a encore pour 10 heures, décide qu'elle n'en peut plus et demande l'épidurale», il y en a à la pelle!


- Ça peut amener des interventions inutiles. Dans la plupart des hôpitaux, si une femme ne dilate pas assez vite à leur goût (encore, on ne peut jamais prédire combien de temps il reste), ils auront tendance à avoir recours à des médicaments ou à des interventions pour ''accélérer'' le travail, ce qui peut emmener une cascade d'interventions différentes qui n'auraient pas eu lieu si on avait laissé les choses suivre leur cours. 


Il est contre-indiqué de faire des examens vaginaux:

-Si il y a un placenta prévia (le placenta bouche partiellement ou entièrement le col)

-Avec une grande précaution si il y a eu des saignements anormaux avant l'accouchement
-Sans raison si la mère est strep B positive et que ses membranes sont rompues
-Si la mère a des lésions d'herpès actives. 
-Si la mère refuse.

Alternatives:

La plupart des raisons pour lesquelles on a recours au toucher vaginal ont des alternatives. Croyez-le ou non, il est possible d'avoir une idée de la progression de la dilatation du col sans faire d'examen interne.

Premièrement, il est possible d'avoir une idée de la progression du travail juste en observant la mère agir. Les sons qu'elle fait, la façon dont elle parle, la façon dont elle bouge, son comportement général, et même l'odeur qu'elle dégage peuvent donner une indication de la progression du travail.  Avec l'expérience, un médecin, une sage-femme ou une infirmière peut apprendre à décoder ces signes pour savoir si la naissance approche ou non. 

Pour celles qui aimeraient quand même avoir une idée de leur dilatation, il y a un truc qui existe. Celui-ci se base sur le fait qu'au fur et à mesure que le bébé descend, l'utérus s'épaissit, et les muscles remontent vers le haut de la matrice pour aider à pousser le bébé. L'épaississement de l'utérus est donc proportionnel à la dilatation du col. Pour y arriver, il faut premièrement trouver le ''triangle'' (xyphoïde) que forme le bas du sternum, à peu près à la hauteur de la ligne du soutien-gorge. On place ensuite la mère, si possible, sur le dos et des doigts entre ce triangle et le haut de l'utérus, pendant une contraction, et on voit de combien de doigts est l'espacement. 

5 doigts= pas de dilatation

4 doigts= 2 cm
3 doigts= 4 cm
2 doigts= 6 cm
1 doigt= 8 cm
0 doigt= dilatation complète

Pour ce qui est de la position du bébé, un médecin ou une sage-femme expérimenté(e) devrait être capable de déterminer la position du bébé en palpant le ventre. Ce n'est peut-être pas nécessairement très précis lorsqu'il est question des détails comme la présence d'une petite main à côté de la tête, ou l'orientation exacte du bébé, mais il est possible de savoir si le bébé est en siège ou non, et d'avoir une idée générale de la façon dont il se présente. Après, s'il y a des doutes, un examen vaginal peut venir confirmer le tout.


Il y a aussi une ligne foncée qui peut apparaître au-dessus de l'anus, et qui s'allonge vers le haut au fur et à mesure de l'évolution de la dilatation, jusqu'à atteindre environ 10 cm. Voici une recherche à ce sujet:
 
The purple line as a measure of labour progress: a longitudinal study


L'article suivant (en anglais) explique très bien toutes les indications de progression du travail qui peuvent remplacer l'examen vaginal. Il y a d'autres autres articles semblables aussi ici, ici, et ici.



Ce qu'en dit l'OMS:
(Extrait tiré du livret Les soins liés à un accouchement naturel, p.24, chapitre intitulé Le toucher vaginal): «[...]Il ne doit être effectué que par des accoucheurs qualifiés, ayant les mains propres et protégées par des gants stériles. Le nombre des touchers vaginaux doit être limité au strict minimum; pendant le premier stade du travail, une fois toutes les quatre heures suffit d'ordinaire, conformément au manuel sur l'utilisation du partogramme (OMS 1993). Si le travail se passe bien, un accoucheur expérimenté pourra se contenter d'un seul examen. Idéalement, il s'agira de l'examen nécessaire pour établir que le travail est en cours, c'est-à-dire pour confirmer qu'il y a dilatation du col (le critère le plus objectif d'un travail actif). Une autre pratique dans la gestion du travail consiste à n'effectuer un toucher vaginal qu'en cas de nécessité, par exemple lorsque l'intensité et la fréquence des contractions baissent, en présence de sang dans le bouchon muqueux, lorsque se manifeste le besoin de pousser, ou avant l'administration d'un analgésique. [...] 
Une femme ne devrait en aucun cas être obligée de se soumettre à des touchers vaginaux répétés ou fréquents effectués par plusieurs personnels soignants et étudiants.»

Pour conclure, je dirais que, un peu comme mon hypothèse de départ, le toucher vaginal est un examen en général peu utile, mais qui peut devenir nécessaire pour établir certaines données en cas de doute. J'ai l'impression que de nos jours c'est un geste qui est sur-utilisé et qui cause beaucoup de fausses attentes et de déceptions, car il semble qu'on n'a pas encore compris qu'il est impossible de prédire la durée d'un accouchement, peu importe les données qu'on a.

 La sage-femme australienne Brenda Manning, dans son article intitulé: Vaginal Exams-When Are They Really Necessary? , exprime la pensée suivante, qui, je crois, résume très bien la situation: ''I wouldn't do a vaginal exam unless my findings were going to alter what we were doing''. En français: «Je ne pratiquerais pas un examen vaginal, sauf si mes découvertes iraient changer ce que nous étions déjà en train de faire.» 


Et finalement, comme pour toutes les interventions qui vous sont proposées lors de l'accouchement, la décision de l'accepter ou non revient à VOUS. Si vous n'êtes pas convaincue que c'est nécessaire, n'oubliez pas que VOUS AVEZ LE DROIT DE REFUSER. L'examen vaginal, sauf dans certains cas, n'est pas une intervention nécessaire, il existe des alternatives, et personne n'a le droit de vous l'imposer si vous ne voulez pas. Demandez au médecin, à la sage-femme ou à l'infirmière pourquoi il/elle souhaite vous faire un examen, et si la réponse ne vous satisfait pas, vous n'êtes pas obligée de vous y soumettre. 


Sources
http://www.natural-pregnancy-mentor.com/vaginal-exams.html
http://whqlibdoc.who.int/hq/1996/WHO_FRH_MSM_96.24_fre.pdf (Les soins liés à un accouchement normal)
http://womantowomancbe.wordpress.com/2008/04/27/checking-dilation-without-a-vaginal-exam/
http://pregnancy.about.com/cs/interventions/a/vaginalexam.htm
http://co-naissance-doula.com/leblog/2011/06/le-toucher-vaginal/
http://www.empowher.com/media/reference/umbilical-cord-prolapse
http://www.materneo.com/grossesse/accouchement/la-procidence-du-cordon-ombilical/procidence-cordon-ombilical.html
http://www.bellybelly.com.au/pregnancy/vaginal-exams
http://mamasandbabies.blogspot.ca/2010/07/vaginal-exams-useful-tool-or.html
http://hetv.org/resources/reproductive-health/mcpc_fr/images_p/p3_dilation.gif
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cervix_dilation_sequence.svg
Google images

Brabant, Isabelle, Une naissance heureuse, Éditions Saint-Martin, Montréal, 2001, 438 p.
Gaskin, Ina May, Spiritual Midwifery, Book Publishing Company, Summertown, TN, 2002, 480 p.

Sep 16, 2012

Tutoriel: Comment faire un sling à anneaux

Bonjour! Aujourd'hui, je vous présente mon tout premier tutoriel! Je vais vous expliquer comment on fait un sling à anneaux. C'est un système de portage très pratique et simple à utiliser et à installer. Idéal pour des petites commissions ou pour porter bébé à la maison. De plus, il est possible d'allaiter tout en portant bébé dans un sling! C'est vraiment très facile et économique à faire, et même une débutante peut facilement y arriver en moins de 2 heures. Ce type de porte-bébé en magasin coûte au minimum 50$, mais en le faisant vous mêmes, vous pouvez vous en tirer facilement pour moins de 25$, et encore moins si vous avez déjà un tissu qui ferait l'affaire!


Matériel nécessaire: 
- 2 anneaux en métal d'environ 9 cm de diamètre (coût: 8$)
- Environ 2 mètres de tissu (en fonction de l'épaisseur et de la solidité du tissu choisi, ça vous prendra 1, 2 ou trois épaisseurs de tissu.) Le mien est assez mince, alors j'ai dû le doubler et ajouter une autre épaisseur pour assurer la solidité et la durabilité du sling. Pour ma part, j'ai utilisé un magnifique tissu africain ramené du Sénégal par une amie, ainsi qu'un drap de coton trouvé chez moi pour le doubler (coût: 0$! Mais si vous n'avez pas déjà quelque chose qui ferait l'affaire, en magasinant un peu, vous pouvez facilement vous en tirer pour moins de 20$). Le sergé croisé est le tissu le plus recommandé, mais c'est possible de se débrouiller avec autre chose. 


Les deux anneaux. J'ai trouvé les miens dans la section portage d'une boutique de maternité/bébé. 

Le tissu choisi, avant le repassage. Mon tissu est plié en 2 sur la longueur ici, parce que je voulais que mon sling soit de la même couleur des deux côtés. Par contre, vous pouvez jouer avec les couleurs et le faire réversible!
Étape 1: repassez et coupez votre tissu en bandes d'environ 60 cm de largeur et 180 à 200 cm de longueur (Ça dépend de votre corpulence. Pour vous donner une idée, je suis plutôt petite, et le mien fait 182 cm de longueur et 57 cm de largeur). Si vous n'utilisez qu'une épaisseur de tissu, passez tout de suite à l'étape 10. 


Étape 2: Placez les deux côtés que vous voulez voir à l'extérieur lorsque le sling sera terminé endroit contre endroit. 

Étape 3: Si vous voulez ajouter une couche de support entre les deux côtés (si le tissu extérieur est trop fin), rajoutez-là PAR DESSUS les deux tissus préalablement placés endroit contre endroit. 

Étape 4: Épinglez les tissus ensemble tout autour

Étape 5: Faites une couture tout autour à environ 1.5 cm (1/2 pouce) du bord, sans oublier de laisser un trou de 5 à 10 cm de largeur pour pouvoir retourner le sling à l'endroit. J'ai utilisé un fil à courtepointe très solide, 100% coton. 

Étape 6: Si les bords ont tendance à s'effilocher, faites une couture zig-zag tout autour. 

Le trou avant de le retourner

Voici de à quoi ça devrait ressembler après avoir fait les coutures. 

Étape 7: Crantez les coins

Étape 8: En passant le tout par le trou laissé ouvert, retournez le tout à l'endroit. 

Étape 9: Bien placer le tissu et repasser le morceau au complet. 

Étape 10: Faire une surpiqure tout autour du morceau avec un fil de la bonne couleur (ou contrastant) et bien fermer le trou par lequel on l'a retourné. Faire une petite couture à la main pour bien refermer le trou si nécessaire. Si vous n'utilisez qu'une épaisseur de tissu, faites les bords tout autour du tissu. 

Étape 11: Prenez l'une des extrémités du tissu et plier en deux sur la longueur. 

Étape 12: Plier au tiers comme ci-dessus, et replier une deuxième fois comme ci-dessous. 


Étape 13: Refaire la même chose pour l'autre côté et on devrait obtenir un morceau plié en accordéon comme ceci. 

 Étape 14: Passez le morceau plié dans les deux anneaux, rabattre et épingler. J'aimais bien l'idée de plier le morceau, mais vous pouvez aussi bien le froncer pour le passer dans les anneaux.

Étape 15: Faire une couture solide pour maintenir les anneaux en place. Comme les tissus pliés plusieurs fois étaient trop épais pour ma machine, j'ai du faire la couture à la main, mais si vous avez choisi de froncer le tissu, vous pourrez probablement le faire à la machine. N'oubliez pas de passer plusieurs fois pour que ça soit solide. 



Et voilà! C'est ce que ça devrait donner. Il ne reste plus qu'à l'essayer!

J'ai laissé le tissu plié sur mon épaule, comme la poupée n'est pas bien pesante, mais comme il n'est pas tout cousu sur le long il est possible de le déployer pour qu'il recouvre l'épaule du porteur. Comme vous voyez, il n'est pas bien compliqué d'installer le sling. Il suffit de placer les anneaux devant l'épaule, faire passer l'autre bout du tissu dans les anneaux, et ensuite le glisser entre les deux anneaux, installer le bébé, et ajuster en tirant sur le restant de tissu!



On peut aussi s'en servir pour un tout petit bébé!


J'espère que vous avez apprécié mon petit tutoriel! D'autres viendront éventuellement. Maintenant, la dernière étape, c'est de m'envoyer vos photos si vous en confectionnez un!!

À la prochaine!


Sep 14, 2012

Critique cinéma: Comment prévoir l'imprévisible


Vous ne le savez peut-être pas,  mais j'ai fait des études au CEGEP en cinéma. Même si je n'ai pas continué dans ce domaine, je reste tout de même une grande cinéphile. J'ai donc décidé de faire une petite chronique ''critique cinéma'' aujourd'hui, du film Comment prévoir l'imprévisible (version française de What to Expect When you're Expecting), que j'ai visionné hier soir.

Le scénario de ce film est inspiré du best-seller américain What to Expect When you're Expecting, un livre sur tout ce qui entoure la grossesse et la naissance qui s'est vendu à plus de 16 millions de copies. J'ai moi-même feuilleté ce livre récemment, et je n'ai pas du tout accroché. Après avoir lu les livres de Michel Odent et de Ina May Gaskin, j'a trouvé que ce livre laissait à désirer, qu'il manquait d'informations pertinentes, comme l'importance de la préparation à l'accouchement et de l'information par rapport à toutes les interventions possibles. Alors, vous pouvez vous douter que mes attentes pour ce film n'étaient pas très hautes.

En effet, ce film était à peu près ce à quoi je m'attendais. Un film en général ordinaire, avec quelques moments touchants, quelques faits justes, mais en général un peu inutile.

Comment prévoir l'imprévisible suit l'histoire de cinq couples en voie de devenir parents. Le concept du film était d'illustrer différents scénarios de grossesse et de maternité/paternité, et tenter de rejoindre tout le monde. Il y a la jeune fille qui tombe enceinte par accident, le couple de riches pour qui tout réussit, le couple de professionnels qui essaient depuis des années et qui réussissent, le couple infertile qui veut adopter, et le couple de célébrités qui vivent le tout au grand jour. Voici la bande annonce:


Ma première critique est que malgré leur tentative de vouloir illustrer des scénarios différents, mis à part la jeune fille et le couple adoptant, les trois autres sont assez similaires. Le focus du film se fait beaucoup sur la façon dont les couples vivent la grossesse, par rapport aux questionnements du père, et des malaises de la mère. On parle très peu et même pas des différents choix, des risques des interventions, et de l'accouchement comme tel. On n'illustre pas de longs travails, et on reste beaucoup dans les clichés. Ils ne parlent pas non plus de d'autres options, comme d'accoucher avec une sage-femmes, ou bien d'avoir recours à une accompagnante. Le sujet n'est même pas soulevé, et on ne mentionne pas, ou à peu près pas l'allaitement. Il y a aussi beaucoup d'emphase sur le côté matériel de l'accueil d'un enfant. Le gros shower, la grosse poussette, le gros kit,  et rien sur la préparation émotive et psychologique, mis à part les questionnements d'un des pères.

Parlant de pères, il y a aussi une autre partie du film que je n'ai pas mentionné, c'est un segment où l'on voit des pères se rassembler dans un parc avec leurs bébés et jaser de paternité et de leur façon de voir les choses. Pourtant, ce qui aurait pu être très chouette comme discussion fait passer les pères pour des imbéciles qui disent un peu n'importe quoi et ont une vision très cynique de déresponsabilisée de la vie de parent. Au moins, il y a un petit moment vers la fin où ils disent que malgré tout, ils ne reviendraient en arrière pour rien au monde.
Les pères. Notez l'usage généralisé de portes bébés non physiologiques. Je ne comprends pas pourquoi ce genre de porte bébé est encore en vente libre, et pourquoi on en fait encore la promotion dans les films. Il en existe tant de bons et beaux pour tous les besoins... Voir mon article sur les bons systèmes de portage pour en savoir plus. 

Je trouve ça dommage que ce soit ce genre de films que les futurs parents vont voir, et qui ont des sorties en grand et une grosse publicité, alors que des films comme Birth as We Know It, Orgasmic Birth, What Babies Want, et même Business of Being Born restent dans l'ombre, et il faut les trouver et les commander par internet pour les voir... Est-ce que c'est vraiment comme ça que le commun des mortels conçoit la maternité? Est-ce que je suis tant dans ma bulle d'accompagnante et de naissance consciente que je ne réalise pas ou nous sommes réellement rendus?

Il y a malgré tout quelques points positifs au film. La cheminement de la jeune fille qui tombe enceinte par accident est très touchant et on voit plus son état émotionnel que les autres. L'histoire du couple adoptant, aussi, est bien rendue. On voit les questionnements du père, les angoisses de la mère, leur situation financière un peu difficile et leurs appréhensions, ainsi que la beauté du moment où ils rencontrent finalement leur bébé. Il y a aussi l'une des femmes qui vit une grossesse éprouvante et qui lève le voile sur tous les inconforts de la grossesse, affirmant que finalement, ce n'est pas si «glamour» qu'on le croit de faire un enfant. Un autre aspect que j'ai bien aimé, c'est que la seule qui parle d'allaitement est une jeune femme professionnelle et propriétaire d'une boutique et pas une «grano» finie comme on illustre parfois les pro-allaitement ou les pro-naturel. De plus, toutes les grossesses ne sont pas sans anicroches et certaines d'entre elles ont des complications, et des sérieuses.

Pour conclure, je suis contente d'avoir vu le film, il est divertissant et il y a quelques bons points, mais je me désole de constater que c'est encore où nous sommes rendus. J'espère que ce film sera reçu comme une simple comédie et que les femmes vont quand même pousser leurs recherches un peu plus loin... À quand des sorties de films populaires sur la naissance consciente?

Sep 4, 2012

Connaissez-vous Bev Bos?

Bonjour! Mon article aujourd'hui ne concerne pas la périnatalité, mais la petite enfance. À force de parler de naissance, on oublie parfois tout ce qui vient après. Je suis tombée cette semaine sur des entrevues faites avec Bev Bos, qui travaille dans le milieu de la petite enfance depuis plus de quarante ans. Elle est la propriétaire d'une garderie éducative (La Roseville Community Preschool) en Californie, et j'ai tellement aimé son approche, qu'il fallait absolument que j'écrive un article à son sujet. Je ne dis pas que c'est la seule bonne approche, il y en a certainement d'autres qui se valent, mais celle-ci a particulièrement attiré mon attention.

Son approche se base sur quelques concepts très simples: l'émerveillement, la découverte, et le respect de l'intégrité de l'enfant en tant que personne.

L'émerveillement, ou ''wonder'' comme elle l'appelle en anglais, se définit pas cette curiosité sans limite qu'ont les enfants, et leur émerveillement face à toutes les nouvelles choses qu'ils découvrent ou rencontrent, face au monde qui les entoure, et le fait de les laisser explorer et leur donner la liberté de s'émerveiller sur tout, sans les censurer, sans leur dire «Mais non, c'est n'importe quoi ce que tu dis», ou «Ne fais pas ça, ça ne fonctionne pas comme ça», etc. Elle donne un bel exemple en racontant ce qu'elle observe lorsqu'elle est dans un aéroport et qu'elle voit des enfants s'émerveiller dans ce nouvel environnement: essayer de pousser les chariots, leur étonnement devant les tapis roulant, leurs tentatives de marcher à contre-sens du tapis roulant, ou d'essayer d'avancer plus vite que le tapis, et leur émerveillement face tout ce qu'ils voient.

Lorsqu'elle parle de découverte, elle explique l'importance que les enfants découvrent les choses par eux même, qu'ils explorent leur environnement pour découvrir comment le monde fonctionne en manipulant les choses, et pas à travers des films ou des logiciels. Qu'ils découvrent le changement de texture du sable lorsqu'on le mouille, comment l'eau réagit lorsqu'on change le débit,  ou bien ce qui arrive lorsqu'on mélange de la farine, du sel et de l'eau pour faire de la pâte à modeler, etc. La fierté et l'étonnement des enfants lorsqu'ils découvrent un nouveau phénomène par eux-même est vraiment belle à voir. Elle raconte entre autres l'étonnement d'une petite fille qui réalise pour la première fois avec stupéfaction qu'elle fait de la buée en respirant lorsqu'il fait froid. On peut les accompagner dans leurs découverte, leur donner les outils, répondre à leurs questions, mais c'est important qu'ils découvrent les choses d'eux-mêmes, à travers leurs propres explorations. Découverte et émerveillement sont étroitement inter-reliées et c'est ce qu'elle cherche à protéger et à encourager dans sa garderie et à travers son approche. Elle leur donne tous les outils dont ils ont besoin pour faire leurs expériences. Si un enfant veut voir ce qui arrive lorsqu'on mélange de la laitue, du lait, du colorant alimentaire et qu'on le met au micro-onde, elle le laisse faire, il explore les substances, et la façon dont les choses peuvent se métamorphoser. Elle parle de l'importance de les laisser faire leur propre expériences pour ensuite pouvoir y attacher des mots, les laisser découvrir par eux mêmes et pas leur bourrer le crâne de concepts qu'ils n'ont pas expérimentés.

C'est sur qu'à sa garderie il y a des règles, des limites à ne pas dépasser, les enfants ont tout de même besoin d'un cadre et de règles à respecter, mais de par son expérience, elle se rend compte que lorsqu'on laisse les enfants faire ce qu'ils ont envie et ce qu'ils ont besoin de faire et leur donner un cadre dans lequel ils peuvent évoluer à leur rythme sans les forcer à faire quoi que ce soit, ils ont très peu de problèmes et de cas ou ils doivent régler des crises.

Parlant de crises, lorsqu'un enfant est en panique au départ de son parent, elle ne force pas le parent à partir. L'enfant a clairement une inquiétude, est en panique, et elle demande au parent de rester jusqu'à ce que l'enfant se soit habitué à son nouvel environnement. Pour avoir été ce genre d'enfant qui a fait des crises terribles lorsque ma mère a tenté de me mettre en service de garde à l'âge de deux ans (ça a duré deux jours et puis c'était trop difficile alors elle a trouvé une alternative) je me souviens être longtemps restée avec la peur que ma mère me laisse tomber ou ne revienne pas me chercher. Lorsqu'elle est revenue à la garderie à la fin de la journée, je me suis accrochée à elle et je ne voulais plus la lâcher. Son programme inclut aussi énormément les parents, car ceux-ci doivent dédier au moins une journée par semaine à passer à la garderie avec les enfants.

Un autre aspect chouette dans sa façon de fonctionner, c'est qu'elle prône le multi-âge. Pas de groupes d'âges au Rosehill Community Preschool. Les enfants de deux ans côtoient les enfants de 3, 4 et 5 ans, et ils s'amusent et évoluent ensemble. Les plus petits en apprennent des plus grands, et les plus grands peuvent en apprendre aux plus petits. C'est comme dans une famille: lorsqu'il y a plusieurs enfants, on ne va pas les séparer dans des pièces différentes et leur faire faire des activités différentes parce qu'ils n'ont pas le même âge, ils peuvent apprendre à jouer ensemble même s'il y a quelques années qui les séparent! De plus, la structure est conçue sur une base où l'enfant choisit ce qu'il a envie d'essayer ou d'apprendre, et les éducateurs sont là pour les aider et superviser. Il y a parfois des activités de groupe organisées, comme des lectures de groupe, une expérience ''scientifique'', ou un jeu d'équipe, mais règle générale, si un enfant a envie de dessiner, il va dessiner, si un autre veut lire, il va lire, si un autre veut aller jouer dans le sable, il va jouer dans le sable, etc.

Pour ce qui est de la garderie comme telle, elle est tellement bien aménagée et pleine de choses à expérimenter et à découvrir, que même un adulte peut y passer la journée et s'amuser autant que les enfants. En tout cas, moi j'aurais envie d'y aller!

J'ai inclus un peu plus bas un lien qui vous amène à une visite guidée de la garderie, mais je tiens à en parler tout de même. L'une des choses qu'on remarque en visitant, c'est que très peu des jouets et des objets qu'on y retrouve sont des jouets commerciaux. Il y a des blocs en bois, des bacs à sable, des casseroles, des paniers, des livres, des objets variés à manipuler, des choses à démonter, des structures à grimper etc. Il y a même quelques animaux comme des geckos et des poissons rouges!

Lorsqu'on y entre, on se rend compte de la folie et de l'amour qui a été mise dans la conception et le développement de cette petite école, qui est d'ailleurs en évolution constante. En plein milieu de la première pièce, on trouve un petit étang dans lequel il y a des poissons rouges, des algues et des escargots. Il y a un espace de lecture avec des coussins pour lire,  une chaise berçante pour les lectures de groupe, il y a un espace pour jouer à la poupée avec des petits lits en bois et toutes sortes d'accessoires amusants, une salle de déguisements, une salle pour relaxer avec une grosse balançoire en plein milieu, une salle de mécanique, avec une petite voiture reconstituée pour s'amuser dedans, toutes sortes d'outils et des vieux ordinateurs et objets variés à démonter. Il y a un espace pour faire de l'art, avec toutes sortes de crayons et pinceaux, ciseaux, colle et papiers à la disposition des enfants, et un autre avec des blocs de bois et des petits trains. Il y a des plantes partout, des dessins peints sur les murs et les meubles,  et on remarque rapidement la quasi-absences d'objets en plastique ainsi que l'absence totale de jouets à batterie. Aussi, absolument tout est à la disposition des enfants, dans des paniers et bacs bien rangés et faciles d'accès, pour ne pas que les enfants aient à dépendre des adultes pour avoir un jouet, un crayon,  ou un outil de travail en particulier.

À l'extérieur, il y a une station pour peindre le bois, un trou de sable avec des pelles, des sceaux et des tuyaux en PVC pour creuser des trous et construire des structures. Il y a une station pour jouer avec l'eau, avec des bocaux de toutes formes et tailles et un accès à des boyaux d'arrosage. Il y a des balançoires, un module bateau-pirate avec un vrai gouvernail de bateau, des jeux pour grimper, un espace pour cueillir des fleurs, un beau jardin, et tout plein de petits endroits pour s'asseoir et relaxer ou jaser avec des copains, et des tables avec des chaises pour les parents. Il y a même un petit vivarium pour que les enfants puissent y mettre les insectes qu'ils trouvent pour les observer, et ensuite les relâcher.  Vraiment, ce n'est qu'un résumé, mais allez voir le vidéo (le deuxième sur la page), c'est vraiment impressionnant. Même si vous ne comprenez pas l'anglais, ça vaut la peine.

Le lien suivant vous amène à une page qui comprend deux entrevues très intéressantes avec Bev Bos ainsi que la visite de sa garderie éducative: http://ttfuture.org/authors/bos

Mon texte n'est qu'un petit résumé de tout ce qu'elle fait et de sa belle approche, mais je suis vraiment impressionnée par sa passion et son dévouement! Voilà, c'était ma présentation de Bev Bos, mais il y a beaucoup plus à dire sur elle. J'ai aussi vu qu'elle donnait souvent des conférences et des présentations sur la petite enfance et sur ce qu'elle fait au Rosehill Community Preschool. Elle a aussi un blog à l'adresse suivante (en anglais): http://www.bevbos.com/blog/

http://www.turnthepage.com/images/store_version1/bev.jpg (image)