Nov 14, 2012

Pourquoi les enfants aiment-t-ils écouter des films à répétition?

Bonjour! Aujourd'hui, je ne parlerai pas de bébés, mais plutôt de petits enfants. J'ai récemment réécouté le film fétiche de mon enfance, Blanche-Neige et les sept nains. Aujourd'hui, j'apprécie le revoir à l'occasion, mais étant petite, je le regardais presque une fois par jour, et en parlais le reste du temps. Alors étant maintenant adulte, je me pose la question. Pourquoi les enfants ré-écoutent-t-ils les films à répétition sans se tanner? je vais essayer de répondre à cette question dans le billet qui suit. Et je n'écris pas en tant que spécialiste, ni en tant que maman, mais bien en tant qu'ex-enfant, qui n'a pas encore tout à fait perdu cette habitude.

Premièrement, les enfants ayant souvent peur de l'inconnu (pensez à la difficulté de certains à essayer un nouvel aliment, ou à un changement de routine), un film qu'ils connaissent déjà est rassurant pour eux. Ils savent ce qu'il va se passer, et donc l'incertitude de la suite du film ne leur cause pas de stress. Je crois aussi que ça les rassure de savoir ce qui attend leur héros...Et puis dans un monde où ils doivent apprendre des nouvelles choses à tous les jours et apprivoiser ce monde un peu bizarre et impressionnant, ça doit les rassurer ces tout-petits de savoir que même si les choses autour d'eux changent, le film, lui, reste le même. le monde autour d'eux est assez imprévisible, mais l'enfant peut prévoir ce qui va se passer dans le film. Les dialogues restent les mêmes, ils vivront les mêmes émotions en le regardant, le personnage fait les mêmes actions au même moment et le film finit toujours bien.

Deuxièmement, les enfants aiment souvent se créer leur propre monde. Lorsque le film se termine, il se continue dans l'esprit de l'enfant, et celui-ci se crée son monde. Je me souviens que quand j'étais petite, Blanche-Neige accompagnait et inspirait la plupart de mes jeux (lorsqu'il ne s'agissait pas de jouer à la maman), et alimentait mon imaginaire. Je crois que beaucoup de parents peuvent s'inquiéter lorsqu'un enfant a une petite obsession comme ça, qu'ils peuvent avoir peur que ça ne s'arrête jamais ou que ça soit malsain pour l'enfant. Mais avec le recul, je crois que si mes parents avaient essayé de me détourner de cette ''idole'', ou de faire disparaître ce personnage de la maison, j'en aurait juste souffert plus que d'autre chose. Au fil du temps, ça a fini par me passer, je suis passée à autre chose, et, mis à part une poupée à l'effigie du personnage que je garde en souvenir dans une boîte, et le visionnement du film une fois tous les deux ou trois ans, je n'ai pas gardé de séquelles. Selon moi, un enfant a besoin de se créer son petit monde à lui, que ce soit par l'entremise d'un personnage de livre ou de film, ou avec un ami imaginaire. Ça les rassure, et ça leur permet d'avoir cet espace à eux où ils sont dans le connu, et où c'est eux qui dirigent et pas les parents. Et le fait de réécouter le film, ou de relire le livre, ça les ramène dans cet espace connu où ils savent ce qui les attend. Bon, c'est sûr que tout a un limite, et que parfois ça peut devenir vraiment maladif ou obsessionnel. Si jamais ça arrive, c'est aux parents de voir quelle est la limite, quand ça devient trop. Si un enfant est vraiment trop dans son monde et n'a plus d'interaction avec les autres ou ne veut plus rien faire d'autre il faut peut-être se poser des questions, mais ce n'est pas vraiment de quoi je veux parler ici.

La raison suivante est probablement celle qui me pousse encore aujourd'hui (et je ne dois pas être la seule) à ré-écouter mes films préférés. Il s'agit du plaisir à revoir un film qui nous a plu. Comme on prend plaisir à réécouter un morceau de musique qu'on aime, ou à relire un bon roman. Si c'est bon une fois, pourquoi ne pas renouveler l'expérience? Et puis en revoyant un film, on découvre des nouveaux détails visuels, on comprend une blague qu'on avait manqué la première fois, on rit à nouveau d'un passage particulièrement drôle, on porte plus attention aux costumes et aux décors, et, bonus, si c'est une comédie musicale, on entend à nouveau des morceaux qu'on avait aimé, et si ça fait plusieurs fois qu'on les entend, on peut chanter en même temps!

Ensuite, je crois que les enfants ont souvent besoin de plusieurs fois pour tout assimiler ce qui se passe. Pensez simplement à quand vous étiez vous-mêmes des enfants. Je sais pas pour vous, mais on dirait que quand quelque chose me plaisait, je pouvais rester des heures à essayer de tout assimiler. Comme par exemple, lors de visites dans les magasins de jouets, on dirait que je n'avais jamais assez de temps pour faire le tour et pour tout assimiler. Un adulte en fait le tour en 5 minutes, et c'est bon, il a tout vu, il a trouvé ce qu'il cherchait, on passe à autre chose. Un enfant doit passer le tout au peigne fin, regarder les jouets un par un, toucher, etc. Peut être que c'est la même chose pour les films? Comme les scènes avancent rapidement et le film continue, l'enfant n'a pas le temps de tout assimiler les dialogues, l'histoire, les images, les décors. Ça doit être pour ça aussi qu'ils posent tant de questions qui semblent évidentes pour l'adulte pendant le visionnement...

Voilà, j'espère que ce petit billet répond à la question. J'espère que j'aurai su rassurer certains parents sur ce besoin un peu déroutant des tout-petits. Si vous voulez en savoir plus, j'ai rajouté quelques liens à la fin du billet.

À la prochaine!

D'autres articles sur le même sujet:
http://www.vosquestionsdeparents.fr/dossier/261/pourquoi-nous-reclament-ils-toujours-la-meme-histoire
http://www.nytimes.com/2009/11/15/magazine/15food-t-000.html?ref=dining&_r=0
http://www.babycenter.com/404_why-does-my-child-insist-on-watching-the-same-videos-over-an_69507.bc

Nov 4, 2012

Mortalité périnatale: et si on cessait de pointer du doigt les accouchements à domicile?

Bonjour! Mes articles sont un peu plus espacés ces jours ci parce que je suis à l'étranger, mais je devrais récupérer mon rythme habituel à mon retour à la maison en janvier.

Je suis récemment tombée sur quelques articles traitant de décès néonatal ou de bébés morts-nés lors d'accouchements à la maison. En premier, lieu, je dois vous avouer que je suis à 100% en faveur des accouchements à la maison, lorsque les parents sont informés, bien préparés et bien accompagnés, et j'espère pouvoir accoucher à domicile lorsque mon tour viendra. Je dis souvent qu'une mère devrait pouvoir donner naissance là où elle sent le plus en sécurité.

Lorsqu'une future mère choisit un accouchement à domicile, c'est souvent suite à de nombreuses recherches, lectures, remises en question et réflexions. Dans notre société hyper-médicalisée, on nous a appris à se remettre à la médecine pour tous les aspects de notre santé, et on est souvent déresponsabilisés de notre propre corps. On nous a appris à faire une confiance aveugle à la médecine moderne et à avoir peur des alternatives plus ''naturelles''. Vous pouvez donc vous imaginer à quel point une future mère peut se torturer l'esprit avant de faire le choix d'accoucher à la maison. Et lorsqu'elle fait ce choix, c'est qu'elle est finalement convaincue que, dans son cas, et après d'inombrables lectures de livres, d'articles, de discussions et de visionnements de films, c'est le meilleur choix à faire pour elle et pour son enfant.

Par contre, le seul fait de vouloir un accouchement à domicile n'est pas la seule condition pour y arriver. Dans le système actuel, lorsqu'une femme, veut accoucher à la maison, elle doit remplir plusieurs critères évalués par la sage-femme, pour s'assurer de ne pas avoir de mauvaises surprises. La femme doit donc être considérée à faible risque, et ne pas avoir aucun signe avant-coureur d'infection ou de complications. De plus, au moment de la naissance, le bébé doit se présenter par la tête et être à terme. Elle doit aussi, idéalement, vivre relativement à proximité d'un centre hospitalier au cas ou un transfert soit nécessaire. Pourtant, malgré toutes ces précautions, il arrive quand même parfois qu'une tragédie se présente.

Commence alors l'inévitable questionnement: mon bébé serait-t-il encore en vie si j'avais été à l'hôpital? Dans la majorité des cas, la réponse est  non, car les sages-femmes sont des professionnelles de la santé et sont supposées être capables de déceler les signes de détresse s'il y a lieu et de faire le nécessaire. Aussi, lorsqu'une sage-femme vient à domicile, elle emmène avec elle tout son équipement de réanimation ainsi que des médicaments et tout le nécessaire au cas ou le bébé ou la mère soit en détresse. Pourtant, si un couple a le malheur de perdre son enfant lors d'un accouchement à domicile, les chances sont fortes qu'il se retrouve dans le journal sous un titre alarmiste à propos des dangers des accouchements à domicile. Par contre, lorsqu'un bébé décède à l'hôpital, on n'en fait pas un gros plat, et on se dit que tout a été fait pour le sauver. Et dans certains cas, ces parents-là se posent la question inverse, et se demandent si leur bébé aurait été sauvé s'il était né à la maison.

Mais ces croyances seraient-elles faussées? les Etats-Unis d'Amérique sont parmi les pays développés où le taux de mortalité périnatal est le plus élevé. Pourtant, la majorité des naissances ont lieu à l'hôpital et le taux d'accouchement à domicile est de moins de 10%. En contre-partie, certains pays européens où le taux d'accouchement à domicile est beaucoup plus élevé (certains atteignent le 80%) présentent des taux de mortalité inférieurs. Pour en savoir plus, je vous invite à aller consulter ma liste de sources et d'articles à la fin de cet article, et de visionner le film Buisness of Being Born.

Je vous invite aussi à lire cette étude, faite en 2000, sur l'issue de 5418 accouchements planifiés à domicile accompagnés par des sages-femmes certifiées en Amérique du Nord. La conclusion? Le taux d'interventions était largement inférieur au taux en milieu hospitalier, et le taux de mortalité et de morbidité intrapartum et néonatal était similaire au taux retrouvé en milieu hospitalier. De plus, aucune mère n'est décédée.

Il y a aussi à cette étude (en anglais) détaillée, faite par les sages-femmes du centre de naissance The Farm au Tennessee, comparant l'issue de 1707 accouchements assistées par ces sages-femmes, avec 14033 naissances à l'hôpital et assistées d'un médecin. Encore une fois, on ne décèle aucune différence significative entre les décès néonataux avec les sages-femmes et ceux à l'hôpital. Le taux d'intervention est lui aussi nettement inférieur dans le groupe de femmes assistées de sages-femmes, et aucune mère n'est décédée. L'étude détaille aussi la cause des décès des bébés en annexe.

Je me désole de constater que beaucoup de gens croient que les femmes qui choisissent l'accouchement à domicile le font en choisissant l'expérience au dépens de la sécurité. Ce n'est pas vrai. La vie comporte encore beaucoup de mystères, et, bien que nous réussissons à sauver la majorité des bébés, parfois un bébé décède sans qui nous ne puissions rien faire, ou bien sans savoir pourquoi. C'est le pire drame qui puisse arriver à une femme de perdre son enfant, et, s'il vous plaît, arrêtons de les accuser lorsqu'elles ont le malheur de le perdre lors d'un accouchement à domicile. C'est déjà assez difficile de devoir apprendre à aller de l'avant après une tragédie de la sorte, la dernière chose dont ces mères ont besoin c'est de se faire dire que c'est de leur faute et de devoir passer leur temps à justifier leurs choix.

Une femme dans cette situation a écrit un article très touchant que je vous invite à lire: It's not our fault. Pour les personnes qui ne lisent pas l'anglais, cette jeune femme raconte comment elle a décidé d'opter pour un accouchement à domicile, après de nombreuses recherches, convaincue que c'était la meilleure option pour elle. Elle a eu une grossesse facile, sans problème, a fait tous les examens nécessaires, et était assistée par deux sages-femmes très expérimentées lors de son accouchement. Tout au long du travail, tout indiquait que le bébé allait bien. Puis, inexplicablement, le bébé est mort, quelques secondes avant de naître, probablement d'un accident du cordon. Tout a été fait pour la réanimer mais c'était trop tard. Maintenant, cette jeune mère en deuil se voit accusée par des internautes d'avoir tué son bébé en choisissant l'accouchement à domicile. Pourtant, en étudiant les faits, sa petite n'aurait probablement pas plus survécu si elle était née à l'hôpital. Cette jeune mère ne devrait pas avoir à vivre ce genre d'accusations. Je lui envoie mes plus sincères condoléances et lui souhaite de réussir à faire la paix avec cet perte terrible et d'avoir un autre enfant en santé.

Pour conclure, j'espère que mon article aura contribué a se débarrasser de la croyance que les accouchement à domicile mettent en danger la vie de la mère ou du bébé. Il y a malheureusement des situations où on ne peut réellement rien faire, peu importe où on se trouve. J'envoie aussi toutes mes condoléances et tout mon respect aux femmes qui se sont retrouvées dans cette situation difficile et salue leur courage.

À bientôt!

Sources:
Buisness of Being Born de Ricki Lake et Abby Epstein
More Buisness of Being Born de Ricki Lake et Abby Epstein
http://www.hebammenpraxisdreieck.ch/pdf/bmj_fr.pdf
http://www.thefarm.org/charities/mid.html
http://www.dailymail.co.uk/health/article-1383244/America-WORST-maternal-death-rate-industrialised-nation.html
http://www.ibtimes.com/us-newborn-death-rate-trails-behind-40-other-nations-307366
http://abcnews.go.com/MillionMomsChallenge/us-newborn-mortality-rate-higher-40-countries/story?id=14420009#.UJaRBRyKVAk
http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.1001080
http://agirlnamedkevin.blogspot.ch/2012/09/the-mother-of-all-posts-its-not-our.html