Jun 30, 2013

Réviser le passé pour mieux comprendre le présent: la maternité durant les années 50

Pour ceux qui me connaissent, ou qui ont lu mes articles sur la naissance au 18ème siècle, vous savez que je suis très friande d'histoire. La façon dont les gens vivaient s'habillaient, et, bien entendu, donnaient naissance et élevaient leurs enfants m'intéresse beaucoup. Et ce week-end, je suis tombée sur une petite relique du passé: une revue s'intitulant «Mon Bébé», datant des années 50 et distribuée par l'Hôpital Sacré-Coeur de Cartierville. 

D'après ce que j'en déduis, cette revue est un peu comme un «Mieux Vivre» des années cinquante, au sujet de l'accueil du bébé, de son alimentation, de sa croissance et de son éducation. J'ai tout parcouru avec grand intérêt, et la mère à qui appartenait la revue a même gardé les petits billets des conseils alimentaires du médecin reçus lors de ses rencontres de suivi pour son bébé. J'ai donc décidé de vous faire part de qelques parties qui m'ont surprise, amusée, choquée, ou décontenancée. Je trouve intéressant d'avoir ce livre entre les mains, car il nous fait voir exactement quels étaient les conseils donnés à ces femmes pendant des décennies. Femmes qui sont pour la plupart encore en vie et aujourd'hui grand-mères et arrière grand-mères. De plus, cela nous fait aussi comprendre pourquoi beaucoup de jeunes mères se retrouvent confrontées dans leurs valeurs avec leurs aïeules sur la façon de s'occuper et d'élever leurs enfants. Il nous fait aussi comprendre l'origine de certaines mentalités et croyances qui persistent toujours aujourd'hui. 

L'accouchement:
Cette revue s'adressait aux mères qui venaient d'accoucher, alors mis à part un petit témoignage datant de 1950, il n'y a rien d'autre sur l'accouchement. Je vous en met un extrait, qui témoigne tout de même du déroulement de certaines naissances à cette époque: « Ce soir du 15 mai 1950, j'ai dû être transportée à la salle d'attente, contigüe à la salle de délivrance. J'y ai été l'objet de soins attentifs et experts. La lassitude- et peut-être aussi certaine injection- me rendait somnolente. Je voyais les personnes et les choses comme dans un demi-rêve confus. Le visage anxieux de Bernard percait parfois ce brouillard. J'ai vu surtout le Dr. B, mon dévoué médecin; il était actif et calme; une religieuse vêtue de blanc et de souriantes infirmières étaient présentes. - «Vous avez un beau fils», dit tout à coup le docteur d'un air triomphant. - Un fils, repris-je, à demi éveillée par le choc du bonheur.»

L'allaitement et de l'alimentation:
Je savais déjà avant de lire cette revue que durant les années cinquante, très peu de femmes allaitaient, et la grande majorité des bébés étaient nourris à la bouteille. Evidemment, la majorité des articles sur l'alimentation (et des publicités dans la revue) traitent de l'alimentation au biberon. Ce que je ne savais pas par contre, c'est que les biberons de lait étaient additionnée de sirop de maïs (!!!) ou de sucre (3 cuillères à table pour 37oz de formule pour un bébé de 1 mois). Je savais aussi qu'on commencait à donner du solide tôt, mais je ne m'imaginait pas que ce serait aussi tôt qu'à 1 mois de vie! Sur le papier du médecin de la mère à qui appartenait le livre, le médecin suggère dès 1 mois de mélanger des céréales avec la formule, et de commencer à donner des bananes et du jus d'orange additionné de sucre!


Pour ce qui est de l'allaitement, le livre en parle très peu. Il y a quand même un petit article qui l'évoque, et c'est mentionné dans un autre, mais tous le reste des articles sur l'alimentation parlent de biberon et de lait en boîte. Voici quelques extraits: «Aujourd'hui, comme hier et demain, le meilleur aliment est le lait de femme. C'est le seul lait qui convienne à l'enfant. Sa composition en eau, en matières grasses, en protéines, en en hydrates de carbone et vitamines est absolument adaptée aux besoins alimentaires normaux du nourrisson. Sa digestion est plus facile, plus complète et son assimilation est presque totale. Même si la quantité dépasse quelque peu la ration quotidienne, cette légère suralimentation est pendant longtemps supportée dans troubles digestifs sérieux [...] La méthode moderne de nourrir l'enfant à toutes les 4 heures rend encore moins difficile un tel allaitement. La durée des tétées ne devrait pas dépasser les 20 minutes. Et les soins hygiéniques locaux sont simples. Les avantages de cette alimentation sont certains pour la mère et pour l'enfant. Il n'est pas de mère qui, désirant vraiment nourrir son enfant ne puisse y parvenir si elle suit les avis de son médecin. Il faut lui confier la surveillance de votre bébé. Cet allaitement est parfois accompagné de certaines difficultés «une montée tardive de lait, ou des gerçures du mammelon, par exemple.» [...] les gerçures du mammelon se rencontrent rarement si l'on a pris soin dans les trois ou quatre mois précèdent l'accouchement de préparer les mamelons par de légers massages ou pétrissages et des applications alcoolisées. D'autres difficultés peuvent survenir qui nécessitent la suppression de l'allaitement au sein. C'est votre médecin qui devra alors juger de la conduite à suivre. Ne décidez pas vous-mêmes du régime nouveau à donner à votre enfant. »

Je ne sais pas pour vous, mais si ce texte était le premier et le seul que je lisais au sujet de l'allaitement, je crois que moi aussi, comme la majorité des mères de cette époque, aurait probablement opté pour les préparation lactées pour nourrissons, ou «l'allaitement artificiel» comme on disait. Pas étonnant aussi que certaines de nos grand-mères ne comprennent pas ce choix d'allaiter à la demande que de plus en plus de mamans font aujourd'hui. 

Dans le texte suivant, qui s'intitule Retrouvez votre taille il y a une mention de l'allaitement qui m'a surprise pour l'époque, car il valorise le lait humain et critique le lait en boîtes. L'article lui même traite des ''désagréments physiques'' liés à la maternité, et de comment retrouver sa taille d'avant. Celui-ci se résumerait par: «Femmes, arrêtez de vous plaindre, si vous avez l'air de ça c'est bien votre faute, vous n'aviez qu'à écouter les conseils de votre médecin alors maintenant prenez-vous en main». Mais voici l'extrait qui traite des seins et de l'allaitement:« Le conseil de modifier la dimension de votre soutien-gorge ne vous a pas convaincues outre-mesure de son utilité. Et vous vous plaignez aujourd'hui du vieillissement précoce de votre poitrine. Le médecin, cependant, vous avait expliqué que, dès le début, la grossesse exerce une action physiologique sur les glandes mammaires avec la résultante d'une augmentation de volume. Et plus tard, vous rejèterez sur l'allaitement maternel la responsabilité de la flaccidité de l'organe. Le lait humain, autant que je sache, n'a jamais fait de tort à un nouveau-né; s'il est absolument nécessaire à la survie des prématurés, pourquoi ne serait-il pas, pour le moins, utile aux enfants à terme et bien portants? Mais l'attrait du lait en boîtes! Quelle merveille! N'en déplaise aux producteurs et aux profiteurs!»

Le sommeil:
Un autre aspect sur lesquel les mentalités ont extrêmement changé, (en fait c'est même le contraire) depuis 50-60 ans est bien le sommeil. Laisser ou non pleurer, cajoler ou non bébé et les rythmes ''normaux'' de sommeil du bébé sont un des thèmes sur lesquels les mères d'aujourd'hui ont souvent de la difficulté à s'entendre avec leurs mères et grand-mères. Ce n'est pas surprenant lorsqu'on lit tous ces textes, écris par des médecins, dans le «Mon Bébé». En voici quelques extraits: 
«On doit habituer l'enfant dès sa naissance à s'endormir seul. Bercer l'enfant pour l'endormir est à déconseiller de même que d'autres méthodes semblables qui sont inutiles et souvent dommageables à l'enfant. [...] L'enfant doit coucher seul après sa deuxième année; il ne devrait jamais coucher avec des adultes, ni même dans la même pièce. L'enfant en santé doit pouvoir s'endormir dans les vingt ou trente minutes qui suivent son coucher et il doit pouvoir se lever immédiatement après son éveil. [...] si l'enfant acquiert ainsi des habitudes convenables de sommeil, beaucoup d'angoisses ou d'inquiétudes, ainsi que d'insomnie lui seront évitées lorsqu'il sera rendu à l'âge adulte.» 

À la page 68, il y a les 26 commandements à suivre à la lettre, écrits comme des demandes du bébé. Il y en a qui sont assez intenses et très contradictoires avec les recommandations d'aujourd'hui. Je vous en mets quelques unes:
«Dormez quand vous le pouvez... je crie impertinemment.»
«Gardez-vous bien de me bercer, j'y prendrai goût immédiatement»
«Kangourou porte ses petits, ne l'imitez pas servilement»

Le rôle du père:
Voici l'ensemble des conseils sur le rôle du père tirés de cette revue: «Encouragez Papa à passer autant de temps que possible avec bébé, dès le début. merveilleux pour procurer ce bon ''sentiment familial''. Peut-être Papa pourra t-il se charger d'un repas, le soir, d'un bain pendant la fin de semaine. Puis, après un ou deux mois, quand bébé deviendra un peu plus ''sociable'', il pourra jouer un peu avec Papa quand celui-ci rentrera du travail. »

Religion:
Comme nous le savons tous, la religion catholique occupait une grande place dans la vie québécoise des années cinquante. Les conseils religieux avaient même leur place dans le «Mon Bébé». Un article intitulé Les cloches sonnent, Jean-Pierre est baptisé a pour but de préparer les parents au baptème de leur poupon, de les informer du déroulement de la cérémonie. Un autre segment a pour but de conseiller sur plusieurs aspects de l'événement, du choix de la robe du bébé, jusqu'aux bouchées à servir à la réception qui suit le baptême! Un autre article traite du choix du parrain et de la marraine et du rôle important que cela représente (ou représentait). Sans oublier de quelques mentions sur la chrétienneté ici et là à travers les différents articles. 

Prénoms:
C'est amusant de voir à quel point les modes changent! Il y a une page de suggestion de prénoms à la fin du livre, et je l'ai trouvée bien amusante! Voici quelques exemples, que j'ai triés en trois catégories: 

Ceux qu'on n'entend presque plus (en tout cas dans les salles de naissance): Angèle, Antoinette, Berthe, Bérangère, Camilienne, Colette, Donatienne, Fleurette, Gilberte, Gertrude, Léonce, Ninon, Odette, Suzon, Yvette, Yolande, Adhémar, Adalbert, Alcide, Dollard, Fortunat, Gildor, Hertel, Médard, Narcisse, Nestor, Osias, Onésime, Placide, Philibert, Sévérin, Sulpice, Ubald 

Certains qu'on entend encore de temps en temps: Agathe, Aline, Adrienne, Aurore, Béatrice, Clémence, Charlotte, Clothilde, Dorothée, Delphine, Edith,  Eugénie, Éveline, Estelle, Élie, Flavie, Hélène, Lilianne, Madeleine, Marguerite, Paule, Violette, Aimé, Basile, Bastien, Ernest, Éloi, Hugues, Léon, Léopold, Marcel, Oscar, Paul, Théodore.

Et bien sur, les indémodables: Anne, Camille, Caroline, Emma, Éliane, Élise, Florence, Gabrielle, Geneviève, Laure, Laurence, Marie, Mélanie,  Rose, Sara, Arthur, Antoine, Charles, David, Émile, Édouard, Étienne, Félix, Francis, Gabriel, Jules, Jérôme, Louis, Mathieu, Mathias, Maxime, Nicolas, Philippe, Samuel, Sébastien, Thomas, Xavier.

Le reste:

Ceci n'est qu'un bref apreçu, car la revue contient beaucoup de matériel. Il y a plusieurs articles sur l'alimentation, sur l'utilisation du biberon, l'hygiène alimentaire et l'introduction des solides, d'autres sur le choix des premiers souliers, sur les exercices à faire faire à bébé, sur la découverte de la vaccination,  le suivi médical du bébé, sur comment donner convenablement le bain, des indication précises sur la layette à prévoir, et bien plus encore. Tout ça entrecoupé de publicités de biberons, de lait en canne, de produits pour bébé, de couches, de poussettes, et même une annonce pour des électroménagers (parce qu'on sait tous que la première chose qu'une nouvelle mère désire c'est retourner à ses tâches ménagères et à ses fourneaux)! Voici quelques pages, pour le plaisir (vous pouvez cliquer dessus pour les voir en plus grand):

Evidemment il y a des annonces de lait à profusion, mais j'étais loin de me douter qu'on donnait du lait Carnation aux bébés... 













Eh non, l'histoire du sirop de maïs, c'était pas une blague! Et pour votre information, cet ingrédient est encore le premier sur la liste de beaucoup de préparations commerciales pour nourrissons sur le marché aujourd'hui.


Je crois que celui-là, c'est mon préféré. Quelle bouille! Si vous agrandissez la photo, il s'agit de la liste des choses nécessaires pour la layette, et pour s'occuper de bébé. Intéressant de voir ce qui était suggéré à l'époque et de le comparer avec ce qui est nécessaire aujourd'hui! 


Le seul texte sur l'allaitement, page de gauche, en tout petit, évidemment entouré d'annonces de biberons et de lait, avec en prime une photo d'une fillette qui donne le biberon à sa poupée!

Conclusion:
Je d'irais qu'une chose qui m'a particulièrement frappée sur le mode de pensée de l'époque est la sacro-sainte importance accordée au médecin et à son opinion. Bien sûr, même aujourd'hui on suggère que le bébé soit suivi régulièrment par un pédiatre ou un médecin de famille, c'est une question de suivi de santé,  mais dans cette revue, il y a une déresponsabilisation et un manque de confiance quasi totale de la mère... Le ton général pourrait se résumer par: «Vous ne savez pas ce qui est bon pour votre bébé, nous savons, nous vous dirons quoi faire et venez nous consulter avant la moindre prise de décision et au moindre doute». Je pense que si j'étais une mère de l'époque, et que je ne savais pas ce que je sais aujourd'hui, je me serais probablement sentie incertaine sur mes habiletés maternelles face aux conseils donnés dans cette revue. Il n'y a aucune confiance accordée à l'intuition et aux habiletés maternelles. C'est «Moi j'ai étudié et pas vous, alors vous ne pouvez pas savoir ce qui est bon pour votre bébé». Il est aussi intéressant de voir à quel point certaines croyances persistent encore aujourd'hui, comme penser qu'il faut préparer les mammelons avant l'allaitement, ou au sujet des rythmes de sommeil ''normaux'' qu'un bébé devrait adopter. 

Je comprends maintenant mieux pourquoi certaines mentalités persistent, et pourquoi il est parfois difficile pour les nouvelles mères de faire valoir leurs choix auprès de leur famille et de leurs aînées. Le façons de procéder et les conseils donnés aux nouvelles mamans ont énormément changé, mais parfois lorsqu'une façon de penser est bien implantée dans une société, ça peut être très long avant de pouvoir admettre d'autres idées qui pourraient être meilleures que les précédentes. Après tout, nous sommes faits pour évoluer, non? Et qui dit que notre façon d'agir aujourd'hui est la meilleure? Nous découvrirons peut-être au fil du temps des façons de procéder et d'élever notre enfant encore plus adaptées à nos chers poupons.  

À la prochaine!

Photos:
http://images.dailylife.com.au/2012/11/16/3800187/Mother_baby_narrow-300x0.jpg
https://sphotos-a.xx.fbcdn.net/hphotos-ash3/p480x480/942692_508199139246943_365977005_n.jpg
http://www.healthcare2point0.com/images/DelRm_HoldUpBaby_1950s_edit.jpg

Jun 20, 2013

À l'attention des pères

Bonjour!

Premièrement, si vous êtes un futur père et que vous lisez cet article, bienvenue sur mon blog!

Nous avons parfois tendance à ne s'attarder qu'à la mère et à sous-estimer la place et l'influence du père dans le processus de la grossesse, de l'accouchement et de l'accueil du bébé. Qu'un père soit impliqué, présent, déconnecté ou absent affecte grandement le déroulement de la grossesse et de l'accouchement et la façon dont la mère va vivre sa maternité. Un père présent, bien préparé et impliqué est de la plus grande aide pour la future maman. Le plus beau cadeau que vous pouvez faire à votre conjointe est de faire confiance en son intuition et en sa capacité d'accoucher et à la supporter dans son processus et dans ses choix.

En tant qu'homme, il est important que vous compreniez que l'accouchement est un passge très important pour une femme, c'est un événement qui nous marque pour le reste de notre vie, émotionellement, et physiquement. La plupart des futures mères se renseignent et font des recherches exhaustives durant leur grossesse pour en savoir plus sur le processus et sur les choix qui s'offrent à elles. Parfois, certaines femmes sont convaincues qu'elles veulent faire un choix en particulier, mais finalement elles laissent tomber parce que le conjoint n'est pas à l'aise avec ce choix.

Je vous demanderais de ne pas sous-estimer l'influence que vous pouvez avoir sur votre partenaire. Vos opinions ont beaucoup d'importance pour elle, et cela risque de la pousser à faire ou à changer leurs choix pour vous. Faites confiance à son intuition et à ses désirs au lieu de lui transmettre vos peurs, et renseignez-vous autant qu'elle. Beaucoup de pères, heureusement, sont impliqués, font confiance, se renseignent et se préparent. Se préparer ensemble à l'accueil de votre nouveau bébé est aussi une belle occasion de faire grandir le couple, et de vous amener à inverstir votre paternité naturellement. Mais l'inconnu et la nouveauté apportent toujours des doutes, et c'est normal. Surtout lorsqu'il s'agit de la vie et du confort de votre conjointe, de votre enfant. J'ai entendu à de nombreuses reprises des récits de césariennes précipitées, ou d'épidurales posées sur des femmes qui auraient souhaité avoir un accouchement naturel (et qui auraitent pu continuer), parce que le père n'en pouvais plus de voir sa conjointe en douleurs.

Aujourd'hui, c'est devenu la norme que les partenaires assistent aux accouchements. Mais ce n'est pas tous qui y sont prêts et dispos. Il est important que pour cet aspect, vous n'hésitiez pas à faire part de vos appréhensions, de vos peurs et de vos sentiments. Vous avez le droit d'être impressionnés et incertains face à l'idée d'assister à un accouchement. Parlez en, et regardez des accouchements en vidéo. Il existe tout plein de bons films sur la naissance, et Youtube regorge de vidéos d'accouchement. Si jamais vous êtes incertains de vouloir assister, parlez-en et exprimez vous. Si vous y allez de reculons et que vous êtes nerveux et tendus tout au long du travail, si vous êtes mal à l'aise, vous ne rendrez pas service à votre conjointe. Avoir une accompagnante à la naissance présente pour vous aider à vous préparer avant, et pour vous rassurer pendant le travail pourrait être une bonne idée (en plus de tous les avantages de ce service). Dans certains cas rares, il serait peut-être plus sage que le père reste hors de la salle de naissance s'il ne se sent vraiment pas à l'aise et qu'il est trop nerveux. Certains pères ne souhaitent même pas assister mais y vont quand même de reculons pour de pas décevoir leur conjointe. La nervosité est extrêmement communicative, et par le simple fait d'être nerveux et mal à l'aise, vous pourriez transmettre votre nervosité à votre conjointe et rendre l'accouchement plus difficile. Un entre-deux serait aussi de prendre les pauses pendant le travail si jamais vous réalisez que vous trouvez ça difficile. Allez prendre une marche, un café, et revenez lorsque votre calme est revenu. Bien que beaucoup d'hommes soient des perles lors de l'accouchement de leur femme, et trouvent l'expérience extraordinaire, certains en ressortent traumatisés par manque de préparation. Il est important que vous vous écoutiez et que vous sachiez poser vos limites, pour le bien de tous. Si vous êtes bien préparés, en confiance et détendus, vous serez de la plus grande aide et d'un support précieux pour votre conjointe.

Que pouvez-vous faire pour être prêt? Essayez de vous préparer autant qu'elle. Lisez les livres ensemble. Suivez des cours prénataux en couple et n'hésitez pas à poser des questions. Parlez à d'autres pères pour savoir comment eux ont vécu l'arrivée de leur bébé. Essayez de vous départir de vos peurs et angoisses afin d'être plus centré et plus calmes pour votre conjointe. N'ayez pas peur de parler de vos émotions et de ce que vous vivez. Ayez recours aux services d'une accompagnante à la naissance, car nous sommes aussi là pour aider les pères à mieux se préparer, à avoir les bons outils pour supporter leurs conjointes au cours de ce long processus, et à savoir quoi faire durant l'accouchement.

Je tiens aussi à faire le point sur l'allaitement. Certains d'entre vous sont peut-être mal à l'aise à l'idée de devoir partager les seins de votre conjointe avec votre bébé. Dans le monde ou nous vivons, nous considérons les seins plus comme un attrait sexuel que comme un mode d'alimentation. Mais la nature a créé les seins afin de nourrir les bébés, et non afin d'exciter les mâles. Alors si votre femme veut allaiter, encouragez-là, supportez-là faites tout ce que vous pouvez pour lui faciliter la tâche et soyez fier qu'elle fasse ce choix pour votre enfant. Ça peut parfois être incommodant, mais la personne qui en tirera les plus grands bénéfices est votre enfant. Il est vrai qu'au début (qu'il y ait allaitement ou pas) votre vie sexuelle risque d'être chamboulée, avec les fluctuations hormonales et le changement de rôle, c'est normal que la sexualité change. Mais en restant investi dans votre relation et avec un peu de patience, les choses devraient redevenir presque comme avant après quelques temps. Je vous invite aussi à aller vous renseigner sur les multiples avantages du lait maternel (quelques sites ici, ici ici et ici) afin de mieux comprendre pourquoi choisir l'allaitement.  De plus, il y a d'autres choses que vous pouvez faire pour vous occuper du bébé et participer que de donner le biberon (par exemple: changer la couche, donner le bain, masser le bébé, le promener, jouer avec lui, etc.). Aucune femme souhaitant nourrir son bébé au sein ne devrait abandoner l'idée d'allaiter parce que son conjoint ne veut pas. Cette décision lui appratient à elle seule.

J'espère que ce petit article a su mettre les choses au clair pour vous, et vous a donné des pistes de réflexion et des outils pour vous préparer à cette belle aventure.

Pour conclure, j'aimerais offrir tous mes meilleurs voeux de fête des pères (en retard) à tous les papas, grands-papas, futurs papas, beaux-papas, papas disparus, et aux mamans qui doivent aussi assumer le rôle du papa. J'espère que vous avez passé une belle journée entourés de ceux que vous aimez.

À bientôt!

Photo trouvée sur Facebook

Jun 5, 2013

Vos sphincters sont timides!

Bonjour! Aujourd'hui je vous parle d'une loi qui est universelle, facile à comprendre, mais encore mal connue: La loi des sphincters.

Cette loi est bien simple, tout le monde ayant déjà été au petit coin peut la comprendre, et il est surtout très utile de la connaître dans une salle d'accouchement.

Premièrement, qu'est-ce qui définit un sphincter? Voici la définition du Larousse en ligne: «Dispositif musculaire entourant un orifice ou un canal naturel et permettant son ouverture et sa fermeture.»  L'anus est un sphincter, ainsi que le col de l'utérus, et le vagin aussi. 

Voici les principes de base tels qu'érigés par Ina May Gaskin (en italique), et mes explications en caractères normaux.

Les principes de base de la loi des sphincters (tirés du Guide de l'accouchement naturel de Ina May Gaskin):

- Les sphincters fonctionnent le mieux dans une atmosphère d'intimité et de tranquilité. Par exemple, une salle de bains avec une porte qui se verrouille, où il y a peu de chances d'être dérangé ou interrompu.

Avez-vous déjà essayé d'aller à la selle dans un endroit public? À moins d'être un bébé ou d'avoir des gros problèmes d'incontinence, les chances que vos soyez capables d'y arriver sans l'intimité d'une salle de bains ou d'une cabine sont assez minces. Ensuite, si on met les choses en perspective, et qu'on réalise que le col et le vagin ont aussi besoin de la même intimité pour se relâcher et s'ouvrir, on comprend pourquoi tant de femmes ont de la difficulté à se laisser aller dans une salle d'accouchement, avec des allers-retours constants, et où elles sont dérangées à tout moment!

- Les sphincters ne peuvent pas être ouverts à volonté et ne répondent pas à des ordres (comme «pousse!» ou «relaxe!») 

Je vous donne un exemple facile:  Avez-vous déjà essayé de pousser une selle qui n'est pas prête à sortir? Je parie que vous avez fini par comprendre que ça ne servait à rien de s'éclater les veines du front, vous avez abandonné, et avez attendu que le caca soit prêt à sortir. Et puis lorsque votre caca était prêt, il est sorti presque tout seul.  C'est pareil pour un bébé. C'est pas parce qu'on vous dit de pousser que le bébé va sortir tout seul, que votre vagin va s'ouvrir tout seul et que votre bébé va glisser hors de vous. Parfois il suffit juste d'attendre un peu, et il va sortir presque tout seul (ceci s'appelle d'ailleurs la poussée physiologique). Je vous donne un autre exemple. Imaginez que vous essayez de faire vos besoins et que quelqu'un était à côté de vous pour vous crier quoi faire. Ça met les choses en perspective, non?  C'est pas très chic de comparer un bébé avec une crotte, mais au point de vue physiologique, du point de vue du fonctionnement des sphincters, c'est pareil. Et je suis certaine que vous avez très bien compris mon exemple.

- Lorsque le sphincter d'une personne est en processus d'ouverture, il peut se refermer ou stopper le processus si cette personne est dérangée, apeurée, ou timide. Pourquoi? Parce que des grandes quantités d'adrénaline dans le sang n'aident pas (ou empêchent même parfois) l'ouverture des sphincters. Ce facteur d'inhibition est une raison importante pourquoi les femmes de sociétés traditionnelles ont presque toujours choisi des femmes (sauf dans des circonstances très particulières) pour être présentes à leur accouchement. 

Il est connu que des animaux femelles en travail et sur le point d'accoucher sont capables d'inverser le processus et arrêter le travail si elles sont surprises par un prédateur. C'est une réaction de protection, une programmation physiologique chez tous les mammifères. Lorsque de l'adrénaline est secrétée en assez grande quantité et que la femme se sent dérangée, le travail peut s'arrêter, et dans certains cas rares, le col peut même se refermer.

- Une respiration lente et profonde aide les sphincters à s'ouvrir

Voici un exercice de visualisation et de respiration qui marche bien pour aider à l'ouverture, surtout pendant les contractions. Relaxez, respirez profondément, et imaginez que vous respirez non pas par votre bouche, mais par votre vagin.

- L'état de relaxation de la bouche et de la mâchoire est directement reliée à l'habileté du col, du vagin ou de l'anus de s'ouvrir à leur plein potentiel. 

Un bon truc à utiliser durant le travail, est d'essayer de relaxer sa bouche le plus possible, et faire des exercices de relaxation de la bouche. Comme tout est relié, si la bouche est détendue, le col et le vagin le sont probalement. Essayez de faire des ''lèvres de cheval'' (soufflez fort avec vos lèvres collées pour les faire vibrer). Le chant et des exercices d'échauffement vocal sont bons aussi, car on est obligée de relâcher la bouche pour bien chanter, faire les sons et articuler. En plus, chanter ça fait du bien tout court, ça détend, tant mieux si ça vous aide à ouvrir! Un autre truc que j'ai découvert, et qui fonctionne bien pour la poussée (ça marche très bien pour la constipation aussi) c'est de souffler comme si vous essayiez de souffler dans un gros instrument de musique (comme une trompette par exemple). Vous pouvez faire une mini trompette avec vos mains si vous trouvez que ça va mieux. Juste en faisant l'exercice comme ça, sans rien, vous sentez tout vos sphincters se relâcher.

- Le rire aide à ouvrir les sphincters

Lorsqu'on rit et qu'on a du plaisir, notre corps sécrète des endorphines, l'hormone du plaisir, qui est comme un opiacé naturel et qui aide à diminuer la douleur et à relaxer, tout ça sans effets secondaires. comme Ina May Gaskin le dit si bien: «un sourire, c'est bien. Un petite rire c'est mieux. Un bon gros rire qui vient du ventre est l'une des meilleures formes d'anesthésie qui soit» Riez, riez, il n'y a rien de mieux pour détendre et ouvrir sa bouche et sa gorge, et du même fait, ses sphincters! C'est pour ça qu'on a parfoit envie d'aller uriner, ou même qu'on peut s'échapper dans son pantalon lorsqu'on est pris d'un fou rire. L'urètre est un sphincter, et le fait de rire autant le relâche!

J'aime beaucoup cette loi, et cette façon de mettre les choses en perspective. Il est facile de comprendre cette fonction, car nous sommes tous et toutes déjà allés à la selle, et nous comprenons comment notre anus réagit, et les conditions dont il a besoin pour pouvoir s'ouvrir et éliminer. Lorsqu'on comprend que le col et le vagin fonctionnent de la même façon, on peut mettre les choses en perspective, et mieux comprendre comment le corps d'une femme en travail peut être stimulé, encouragé ou découragé par ce qui l'entoure et par les différents stimulis. C'est aussi une belle façon facile à comprendre pour expliquer aux papas les besoins d'une femmes qui accouche, ce qui leur permettra de mieux épauler, protéger et soutenir leur conjointe

À la prochaine!

Sources:
Ina May's Guide to Childbirth, Ina May Gaskin